L’Amérique Latine n’en finit pas de tourner le dos à sa réputation machiste. Après les récentes élections de Michelle Bachelet au Chili et de Cristina Kirchner en Argentine, le Costa Rica a accordé sa confiance à Laura Chinchilla, lors de la présidentielle du 7 février, 60 ans après le premier vote féminin. Forte d’une longue expérience politique, elle a fait preuve d’assurance et de sobriété au soir de sa victoire. Et mis ses priorités sur la sécurité et le développement social.
« Sereine et sans complexe » titrait le quotidien costaricien La Nacion au lendemain de l’élection de Laura Chinchilla, le 8 février. Car la femme élue dès le premier tour par 47% de la population a déjà imprégné le paysage politique du pays. Membre du PLD (centre-droit), à 34 ans déjà, elle assurait le poste de vice-ministre de la Sécurité publique, puis de ministre, dans le gouvernement du Président José Maria Figueres. Après quoi elle fut députée entre 2002 et 2006, avant d’être ministre de la Justice puis vice-présidente de son prédécesseur Oscar Arias.
Démissionnaire fin 2008 pour se consacrer à sa campagne, elle fait figure à 50 ans d’une femme accomplie et expérimentée. Pas question donc de changer de trajectoire. Ceux qui la connaissent l’affirment : elle restera la même, travailleuse et mère de famille. « La « Laura » présidente sera égale à celle qu’elle a toujours été, et je crois que cette élection ne changera absolument rien : ni à ses habitudes familiales, ni à sa façon d’être », a estimé l’une de ses plus proches amies Irene Pacheco. Son frère a, quant à lui, opté pour une note d’humour : « elle jouera sans doute moins de guitare et d’accordéon. Saviez-vous qu’elle jouait de l’accordéon ? ».
60 ans après le premier vote féminin
L’élection de Laura Chinchilla marque néanmoins l’histoire du pays. Première Présidente du Costa Rica, son élection est un point d’orgue dans la longue marche entamée par les femmes du pays. Après l’obtention du droit de vote 1949, suite à la guerre civile, elles se rendirent aux urnes pour la première fois en 1950. Trois femmes marquèrent ensuite l’ascension des femmes dans la sphère publique : María Teresa Obregón, Ana Rosa Chacón et Estela Quesada, premières députées élues en 1953.
En 1986, Rose Marie Karpinski fut quant à elle la première présidente de l’Assemblée législative, qui compte aujourd’hui 22 femmes sur un total de 57 membres. Selon un rapport des Nations Unies, le Costa Rica prend ainsi la troisième position en Amérique latine pour la représentation des femmes au Congrès. Si la parité n’est pas encore atteinte, dans les municipalités en particulier, le Costa Rica n’a rien à envier aux autres pays de l’hémisphère nord.
Par ailleurs, la victoire de Laura Chinchilla souligne aussi la capacité de l’Amérique Latine à être en phase avec son temps et à donner toute leur place aux femmes. Elle est en effet la cinquième femme élue à la présidence de la République sur le sud-continent. Le Nicaragua marqua le pas dès 1990 en élisant Violeta Barrios de Chamorro. Puis suivirent Mireya Moscoso au Panama en 1999, Michelle Bachelet au Chili en 2005 et Cristina Fernandez de Kirchner en Argentine en 2007.
Interrogée après le résultat du vote costaricien, l’ancienne présidente Moscoso a estimé que l’Amérique latine tournait le dos au machisme. « Aujourd’hui, à l’université, il y a plus de femmes que d’hommes. C’est un défi pour une femme, se préparer pour être à la hauteur si elle arrive jusqu’à la présidence ».
Pourtant, la politique reste la politique. Et d’autres ne se montrent pas aussi optimistes. La première candidate à un présidentielle costaricienne (1994), Norma Vargas Duarte, a nuancé l’impact de cette victoire : « Une femme a autant de capacités qu’un homme. Mais ce qui est fâcheux ici c’est la continuité avec Arias. Si Laura Chinchilla avait été indépendante, je me serais mise à ses pieds ».
Succéder à Oscar Arias
Au lendemain de son élection, et tout au long de la campagne, on a remis en cause sa capacité à agir librement, sans l’ombre de l’ancien Président Oscar Arias. Ce dernier ne pouvant pas se présenter une seconde fois consécutive, selon les termes de la Constitution, a en effet propulsé Laura Chinchilla dans la course pour la présidence. Il faudra certainement attendre les premiers mois de son mandat pour savoir si oui ou non elle n’est que la protégée d’Arias.
Reste que dans son discours prononcé le soir même de sa victoire, elle a joué sur les deux tableaux : le maintien des grandes ambitions promises par le précédent gouvernement, et sa responsabilité pour améliorer la situation sociale et sécuritaire du pays.
« Je ne trahirai pas la confiance qui m’a été accordée car cette confiance ne m’a pas été offerte mais prêtée », a-t-elle déclaré en toute humilité, avant d’évoquer ses priorités. « L’un des plus grands défis sera la criminalité, la violence et le trafic de drogues. Je le dis sur un ton grave, l’Amérique centrale peut devenir le dernier champ de bataille de la guerre qui a lieu en Colombie et au Mexique. Nous devons mobiliser les forces de l’ordre et rétablir la tranquillité », a-t-elle affirmé.
Elle a ensuite promis de consacrer toute son énergie au bien-être du pays, à sa situation sociale en premier lieu, en développant les nouvelles technologies dans les écoles, et en améliorant la rapidité d’accès aux services hospitaliers.
Pour finir, elle a réitéré l’engagement du président Arias de faire du Costa Rica le premier pays neutre en carbone d’ici 2021. Et promis d’en faire le plus grand pays développé d’Amérique Latine. Pour en savoir plus, il faudra attendre sa prise de fonction officielle le 8 mai prochain.
Nina Chauvet
Mots-clefs : costa rica, féminisme, Laura Chinchilla, Oscar Arias, présidentielle, San José

janvier 31, 2012 à 11:18 |
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