Xénophobie meurtrière en Afrique du Sud

By ninachauvet

Depuis le 11 mai, une vingtaine d’immigrés ont été tués en Afrique du Sud. L’œuvre de Sud-africains excédés par le chômage et la hausse des prix. Mais la violence n’est malheureusement pas un fait nouveau dans ce pays où le nombre d’homicides atteint le chiffre de 18500 en 2007.

Des vagues d’attaques xénophobes ont provoqué la mort d’au moins 22 personnes en Afrique du Sud ces dernières semaines. Des groupes sud-africains attaquent les immigrés, pour la plupart venus du Zimbabwe ou du Mozambique voisins. Ils sont armés de couteaux ou encore de bâtons. Et selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), 13 000 immigrés ont dû fuir leurs foyers et se réfugier dans les églises ou les centres sociaux.
Etant donné l’histoire torturée de l’Afrique du Sud, il peut être difficile de comprendre ces comportements, mais les explications sont à la fois liées à la situation socio-économique du pays, et intrinsèques à la société.


L’étranger est stigmatisé

Selon l’OIM, entre 2 et 5 millions de migrants, principalement issus d’Afrique australe vivent en Afrique du sud. Parmi eux, plus d’un million viendraient du Zimbabwe. « Depuis octobre, en effet, l’immigration a augmenté de façon considérable. Et l’inquiétude des Sud-africains grandit. Il y a un problème de fond au Zimbabwe. Si les habitants quittent le Zimbabwe c’est un à cause de la répression politique, deux à cause des mauvaises conditions de vie, et trois à cause du chômage », souligne Georges Lory, journaliste et spécialiste de l’Afrique du sud. Une pression que supportent mal les sud-africains confrontés à un taux de chômage fort de l’ordre de 28% et à une inflation considérable sur les produits de première nécessité. Dans ce contexte, l’immigré est accusé de voler les seuls emplois qui restent, d’organiser les réseaux de drogue. « «Les immigrés africains sont devenus les boucs émissaires des Sud-Africains pauvres qui se vengent sur eux des difficultés sociales (…) et en profitent pour se livrer à des pillages », estimait Valéry Hirsch sur RFI.

Une société violente

Pourtant si le contexte socio-économique explique les violences de ces derniers jours, la raison de fond est ailleurs. « On a déjà vu des violences xénophobes en Afrique du Sud, et ce dès 1994. L’an dernier , 30 Somaliens ont été assassinés. Il faut savoir que la violence ne s’exerce pas uniquement contre les étrangers. Il y a, en Afrique, 18 500 homicides par an. Alors qu’en France, par comparaison, il y a 900 homicides par an. Et les homicides ne sont pas la seule forme de violence. Il y a 50 000 viols déclarés par an. Tout ça illustre une société très violente », explique Georges Lory. L’entassement dans les bidonvilles, l’envoi des hommes pour travailler dans les mines, la cohabitation entre hommes, la politique de l’apartheid ou encore les migrations successives sont quelques-unes des raisons à cette violence.

L’Etat doit protéger ses immigrés

Il semble toutefois qu’elles ne devraient pas se poursuivre. Anne Dissez, journaliste à la radio Africa n°1, estime que la situation devrait prochainement revenir à la normale : “Cela va se calmer, les soulèvements sont cantonnés à certains faubourgs de Johannesburg, les autres villes ne se sont pas embrasées.”
Pourtant l’immigration est un problème réel dans le pays. Et l’Etat a tardé à informer sa population sur ces afflux de population. Aujourd’hui, l’ANC au pouvoir doit donc agir. Le président Thabo Mbeki a annoncé la tenue prochaine d’un forum sur l’immigration. Un travail nécessaire. Car comme l’a souligné Desmond Tutu, l’une des icônes de la lutte contre l’apartheid, « nous ne pouvons pas rembourser notre dette en tuant leur enfants ». Il évoque là l’ensemble des pays voisins qui ont apporté énormément d’aide à l’Afrique du Sud, et à l’opposition réprimée pendant l’apartheid. « Le gouvernement, pour tout un tas de raisons qui tiennent au passé, à sa réputation dans la région et au grand événement qu’est la coupe du monde de football prévue en 2010, n’a surtout pas envie de donner l’image d’un pays xénophobe », conclue Georges Lory.

Nina Chauvet

Mots-clefs : , , , ,

Laisser un commentaire