Hind Khoury : « Nous avons besoin d’un dirigeant israélien courageux, un nouveau Yitzhak Rabin »

Malgré de multiples accords et négociations, le conflit israélo-palestinien dure depuis plus de soixante ans. Comment expliquer cette situation ? La présence d’extrémistes de part et d’autre explique-t-elle à elle seule l’échec de la paix dans la région ? Pour Hind Khoury, déléguée générale de Palestine en France, les responsables israéliens sont les plus à même de peser pour bâtir une paix durable.

Depuis la deuxième Intifada, en 2000, toutes les négociations de paix entre Israël et Palestine ont malheureusement échoué. Comment expliquer cet échec ?

Après l’échec des accords d’Oslo, puis de Camp David et de Taba, les Israéliens ont renoncé à toute négociation avec les Palestiniens qui n’étaient plus, selon eux, des partenaires de paix valables. Les Israéliens ont alors mis en œuvre une politique unilatérale de la force qui a fait plus de 6000 morts côté palestinien. Ariel Sharon a construit un mur  de 700 km, enfermant les Palestiniens dans des prisons à ciel ouvert. Les barrages, les destructions des maisons et des infrastructures, les spoliations de terres et les attaques sauvages, ont dévasté nos Territoires et ruiné notre économie. Si la violence a repris après Oslo, c’est que les Israéliens n’ont jamais tenu leurs promesses, en particulier concernant les colonies qui ont continué de se développer. En 10 ans, la surface des Territoires palestiniens est donc passée de 22% de la Palestine historique à 13 % aujourd’hui !

Le gouvernement Abbas vient d’entamer des discussions avec le Hamas, au Yémen. Cela ne risque-t-il pas de bloquer les négociations avec Israël ?

Les négociations entamées au Yémen concernent les affaires politiques internes des Palestiniens, notamment entre les deux partis Fatah et Hamas. Nous sommes convaincus que Mahmoud Abbas, président de l’OLP, reste le seul partenaire des négociations de paix avec Israël. Mais nous considérons que la rivalité Hamas-Fatah demeure une affaire interne qui doit être réglée par les Palestiniens eux-mêmes. De son côté Israël accepte dans son gouvernement des extrémistes qui prônent ouvertement le racisme et le nettoyage ethnique. Un de leurs partisans a même été jusqu’à assassiner un Premier ministre israélien ! Est-ce pour autant que nous refusons de discuter avec M. Olmert ?

Le Hamas pourrait-il accepter de reconnaître Israël pour avancer vers un partage des territoires et l’existence réelle d’un Etat de Palestine?

Les accords de la Mecque de 2007 avaient permis la constitution d’un gouvernement palestinien d’union nationale qui mêlait le Fatah et le Hamas. Ce gouvernement était une chance historique d’intégrer durablement le Hamas dans un processus politique. Le Hamas avait accepté le document d’entente de juin 2006 qui incluait les traités signés par l’OLP dans le passé : cela ressemblait, à mon sens, à un premier pas vers une reconnaissance de l’Etat d’Israël. Au lieu d’encourager ce processus, Israël a pesé de tout son poids pour saboter ce gouvernement d’union nationale qui a été mis au ban de la Communauté internationale. Il n’acceptait pas la présence du Hamas au gouvernement.

La situation de Gaza reste très préoccupante. Mahmoud Abbas a-t-il réellement les capacités de mettre fin à la mainmise extrémiste?

Mahmoud Abbas ne pourra rien faire tant que les violences et la colonisation israéliennes se poursuivront. Comment voulez-vous qu’il parle de paix et de démocratie à son peuple alors que la Bande de Gaza est affamée et meurtrie quotidiennement par Israël ? Les conditions sanitaires de ce minuscule territoire sont dénoncées par toutes les associations humanitaires. Il faut rappeler que 55% du budget de l’aide aux Palestiniens est consacré à la Bande de Gaza qui de ce fait n’est pas abandonnée : les salaires des fonctionnaires sont payés, ainsi que l’énergie ou encore les médicaments. En 2005 un accord stipulait que Mahmoud Abbas aurait dû prendre le contrôle des frontières de Gaza. Si Israël avait respecté cet accord, la Bande de Gaza ne serait jamais tombée aux mains du Hamas.

Après plus de soixante ans de conflit, et de nombreux morts de chaque côté, que veulent les populations ?

Les Palestiniens comme la grande majorité des Israéliens demandent la paix et des conditions de vie normales. Régulièrement, les sondages montrent que plus de 70% des Israéliens comme des Palestiniens sont pour une paix durable avec leurs voisins. C’est aux responsables politiques israéliens, qui ont un pouvoir sans commune mesure avec celui de Mahmoud Abbas, de prendre les initiatives pour bâtir une paix durable. Nous avons avant tout besoin d’un dirigeant israélien courageux, un nouveau Rabin qui puisse sceller à jamais la paix dans cette région qui a trop souffert.

Les Etats-Unis peuvent-ils encore jouer un rôle dans l’adoption d’un processus de paix entre les deux pays ?

Malgré leur politique contestée au Moyen-Orient, les Etats-Unis restent un partenaire de paix incontournable. Le récent sommet d’Annapolis a envoyé des signes plutôt encourageants qui rompaient avec une politique américaine traditionnellement alliée d’Israël. Depuis le rapport Baker et le bourbier irakien, les Américains recherchent une nouvelle crédibilité dans la région. Eux seuls ont véritablement les moyens d’obliger Israël à respecter le Droit international. Toutefois, tout le monde a un rôle à jouer dans ce conflit, en particulier l’Europe et la France.

Aujourd’hui, quelle solution serait, selon vous, la meilleure pour accéder à une paix durable?

Le principe de deux Etats est la solution connue de tous. La plupart des pays arabes sont prêts à offrir une sécurité durable à Israël contre la terre qui leur appartient. Pour cela, il s’agit de revenir aux frontières d’avant 1967, et de rendre aux Palestiniens Jérusalem-Est qui sera la capitale de leur futur Etat. Nous attendons également une solution juste pour les réfugiés dont nous fêtons cette année le triste anniversaire des 60 ans de leur déplacement après la « Nakba » (catastrophe) de 1948. A l’époque, 850.000 Palestiniens virent leurs 531 villages rasés. Eux aussi attendent toujours qu’on leur propose un avenir.

Propos recueillis par F.C

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Une réponse vers «Hind Khoury : « Nous avons besoin d’un dirigeant israélien courageux, un nouveau Yitzhak Rabin »»

  1. christian allard à dit:

    Bonjour,
    J’ai rencontré Mme Hind Khoury à Avignon, samedi 10 mai dernier. Elle est manifestement une femme magnifique, adorable et crédible.
    Alors je voudrais que vous lui fassiez parvenir mon message: puisque les israéliens refusent de donner le droit au retour des réfugiés de 48, elle doit profiter de cela pour exiger autre chose en les prenant au mot:

    1) OK, on ne parle plus des réfugiés jusqu’à deux ou trois ans après la formation de l’Etat palestinien;

    2) l’Etat palestinien et l’Etat israélien, cote à cote, seront tous deux chapeautés par une structure commune politico-militaire tripartite - type confédérale-(palestinien, israélien et ONUsien) voire quadripartite (+jordanie voire plus avec la Syrie, l’Egypte et le Liban) chargée de la sécurité interne et des frontières (déclaration conjointe et synchro d’une collaboration économique totale et condamnation et arrestation de tout auteur d’acte de violence infra ou international d’où qu’il vienne, et en charge de centraliser et gérer toutes les armes (en dehors de l’éventuel arme atomique israélienne qui n’existe pas forcément mais qui,même si elle existe, restera la preuve définitive du bon vouloir et de l’intelligence tactique des palestiniens et des arabes, et la réponse absolue à l’angoisse israélienne: il est impossible qu’Israél ne puisse un jour s’en servir et il en est de même éventuellement pour l’Iran, chacun de ces pays disparaissant de la carte du monde dès l’utilisation de leur bombe: c’est évident, c’est de la dissuasion, il n’y a pas de craintes à avoir.

    3) le problème du retour des réfugiés, deux à trois ans après une sérénité des populations des deux pays pourra être mis sur le tapis en sachant qu’il ne reste plus beaucoup de refugiés vivants de 48 (il ne doit pas être difficile de les faire revenir très vieillards et peu nombreux chez eux. Quant à leur descendants, ils ne sont pas tous dans le rève de revenir en palestine et ce , d’autant moins que les pays d’accueils vont devoir tout faire pour les intégrer pleinement (aide israélienne et ONUsienne et locale) et beaucoup préfèreront une belle indemnité au lieu d’un retour dans de sombres conditions; au total, seul un petit nombre non dangereux de palestiniens voudront revenir sur 48. Les frontières de 67 sont conservées, Arafat les a reconnues, le Hamas quasiment aussi.

    4) il n’y a que comme cela que la paix s’imposera d’emblée (avec quelques actes violents vite étouffés car correspondants plus au besoin d’extrèmistes suicidaires et nihilistes et archiminoritaires qu’à celui de la majorité des populations fatiguées par 60 de guerres et de brimades et d’insécurité et de non application du respect de l’Autre.

    Salutations, Dr ALLARD, Vaucluse, France

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