Il y a des vies abîmées. Celle d’Ishmael Beah, pourtant loin d’être achevée, est l’une d’elles. A l’âge de 12 ans, il vivait avec sa famille dans le petit village de Mogbwemo, en Sierra Leone. Heureux, insouciant, il aimait par-dessus tout le rap. Mais un jour, les rebelles sont arrivés près de chez lui. Les coup de feu ont retentis. C’était en 1993. Séparé de sa famille, il a parcouru les chemins les plus tortueux pour échapper à la mort. Sur la route, il a vu les cadavres, les têtes coupées, les horreurs qu’un gamin, un Homme, ne devrait jamais voir.
Enfance guerrière
Après une fuite de plusieurs mois, il se retrouve dans un village réquisitionné par l’armée opposée aux rebelles. Là, le désir de venger les siens, la faim l’entraînent au cœur des combats. Muni d’un fusil AK-47, il devient alors un enfant soldat comme de nombreux autres. Il tuera, torturera, sous l’emprise de drogues. Il échappera malgré tout au triste destin de milliers d’autres. Il sera « rééduqué ». Connaîtra la culpabilité. Et refusera d’être à nouveau enrôlé quand la guerre reprendra. « Je suis devenu soldat pour venger les morts de ma famille et pour survivre, mais j’ai compris que pour me venger je devais tuer une autre personne dont la famille chercherait ensuite à se venger. De vengeance en vengeance, cela n’en finirait jamais », déclara-t-il devant le Conseil économique et social de l’ONU.
Le chemin parcouru, Mémoires d’un enfant soldat, Ishmael Beah, Editions Presses de la Cité, 18,70 euros.
F.C
Extrait :
” Comme je tournais mes yeux vers lui, mon regard s’est posé sur Musa, qui avait la tête couverte de sang et dont les mains semblaient trop détendues. J’ai regardé en direction du marais, que des rebelles tentaient de traverser en courant. Mon visage, mes mains, mon arme étaient tâchés de sang. J’ai visé, j’ai tiré et j’ai tué un homme. Soudain, comme si quelqu’un les projetait dans ma tête, les images des massacres auxquels j’avais assisté depuis que la guerre m’avait touché ont défilé dans mon esprit. Chaque fois que je cessais de tirer pour changer de chargeur et que mes yeux se posaient sur mes deux jeunes amis sans vie, je me détournais et braquais mon AK-47 sur le marais, et je tuais d’autres rebelles.” (p.138)
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