La complicité sur scène. C’est ainsi que l’on pourrait décrire le Céline Poggi &Thierry Eliez Quintet. Aux côtés du contrebassiste Dominique Bertram, du violoncelliste Yan Garac et du percussioniste Xavier Sanchez, Céline et Thierry cherchent à mêler les genres. Avec un album en préparation, ils regrettent toutefois la place trop modeste du jazz dans la musique. A la logique commerciale, ils opposent le plaisir de créer. Entretien croisé.
Vous jouiez en quintet sur la scène de Dar Soukkar (Marrakech). comment vous est venue l’idée d’une telle formation?
L’idée nous est venue par étapes. Au départ, nous avions l’idée d’un duo puis très vite nous avons eu envie d’enrichir notre duo avec d’autres sonorités. De plus, le projet que nous avions envie de mettre en place nécessitait d’autres instruments que les nôtres. Nous avions besoin d’une rythmique, que nous avons choisie acoustique, à savoir une contrebasse et des percussions. L’idée du Cajon (instrument de flamenco) nous est venue en rencontrant Xavier Sanchez. Nous ne voulions pas d’une rythmique conventionnelle et habituelle (Piano/basse/ Batterie). Alors nous avons pris le parti de sortir des carcans du jazz traditionnel et d’introduire des instruments multi-ethniques de manière à tenter de créer une “énergie douce”.
Céline Poggi : Le violoncelle est une sorte de rêve d’enfant. J’aime profondément cet instrument et je ne m’imaginais pas cette formation sans le son pénétrant de ses cordes.
Nous aimons beaucoup l’idée que ce groupe réunisse des univers si différents au départ : La musique Classique, le jazz, la pop et la tradition, grâce à l’image emblématique que donne chaque instrument. Chaque instrument se fondant très bien avec les autres, puisqu’ après tout, ils sont tous fait de cordes vibrant dans une caisse de résonance
Le choix de nos comparses s’est fait très rapidement, le Cajon enflammé mais néanmoins confortable de Xavier Sanchez, le groove de Dominique Bertram et l’élégance de Yan Garac… Ils ont accepté immédiatement, et nous avons pu commencer à travailler ce nouveau répertoire, entre deux blagues.
Reprises de Queen, de Lenny Kravitz, Eagles…Ces artistes vous ont-ils donné envie de faire de la musique?
Thierry Eliez : Non, pas vraiment… c’est plus parce qu’ils font partis d’un passé musical riche que par influence directe sur notre enfance, que nous avons choisi ces artistes. Le but étant de faire abstraction des arrangements originaux et d’en extraire l’essentiel : la mélodie. Une démarche identique aux musiciens de jazz des années 1940 à 1960 qui ont puisé dans les chansons populaires américaines, pour constituer le répertoire légendaire des standards de Jazz.
Céline Poggi : Plus que des artistes nous avons choisi des thèmes, des chansons que nous aimions, ou que nous trouvions intéressant de revisiter. Par exemple “You’re the One that I want”, extrait du film Grease, n’est pas une chanson que nous aimions particulièrement, en dehors du fait que nous avons tous chanté et rigolé en remimant la scène du film où elle est chantée ( que de souvenirs…). Cependant, cette chanson est intéressante car elle a, justement, marqué de nombreuses générations de jeunes et qu’elle reste dans les esprits et dans les “tendres souvenirs” de beaucoup.
Comptez-vous en faire un album?
Bien sûr, nous espérons l’enregistrer dès 2008… nous avons fait beaucoup de choses dans l’urgence et pour cet album, nous avons envie de prendre le temps d’enregistrer, le temps de bien faire les choses, de faire venir les invités que nous souhaitons entendre jouer avec nous…C’est important de prendre les gens au sérieux, de ne pas leur proposer un travail baclé. Aujourd’hui, les albums ne se vendent plus, mais il est quand même nécessaire d’en avoir un pour daigner être pris au sérieux par les organisateurs de spectacle. L’album en plus d’être une trace musicale au coeur de nos vies, est également un moyen efficace de rassurer les gens : “Vous pouvez avoir confiance, nous sommes de vrais artistes…”
Vous étiez sur la scène de “Riad en jazz”. Pensez-vous que le jazz est bien représenté en France?
Non, le Jazz n’est pas suffisamment représenté en France. Il y a beaucoup d’efforts de faits pour promouvoir le jazz en France, des tentatives, des idées… mais malheureusement, le Jazz n’est plus aussi bien accueilli : les endroits qui promeuvent la scène jazz ferment les uns après les autres, les radios jazz se normalisent…
Parallèlement, il y a de plus en plus de musiciens qui travaillent dur, et cherchent à développer de nouveaux projets…
En définitive, la création est spoliée par le marché, et réduite à une conformité instaurée par l’argent et l’industrie. Les jeunes artistes, ainsi que les artistes attestés, se sentent obligés d’y adhérer pour espérer avoir la possibilité de se réaliser réellement en tant qu’individu créateur.
Qu’est-ce qui vous plaisait dans le concept de ce festival?
Manger du couscous…
Céline Poggi : Plus sérieusement, j’aimais l’idée de participer à une première édition de festival, c’est toujours beau de voir naître des projets, surtout quand ils touchent aux domaines de l’art en général… et plus particulièrement quand ils ont pour ambition de servir la musique. De plus, le principe de faire se rencontrer deux cultures parfaitement différentes à travers la musique est une expérience excitante et extrêmement enrichissante.
Thierry Eliez : C’était intéressant de faire jouer ce groupe en dehors du territoire français. l’idée de solliciter des artistes occidentaux et orientaux dans un même festival est un concept attirant en terme de métissage et de rencontres. Et le cadre somptueux de Dar Soukkar motivait l’envie de faire de la belle musique.
Le festival vient de s’achever. Qu’en avez-vous pensé?
Un très bon choix de programmation, nous avons été ravie d’entendre le projet d’Aldo Romano et de revoir la merveilleuse Rhoda Scott (toujours sublime). Ce festival se trouve être un projet très ambitieux, ce qui est tout à son honneur…
Malheureusement l’organisation était un peu bancale. Nous avons été très surpris de ne voir aucune affiche du festival dans Marrakech à notre arrivée. De plus, nous avons été désolés d’apprendre que les tarifs d’entrée étaient un peu trop élevés pour que les Marocains puissent assister au concert.
Quelles sont vos priorités en 2008?
Faire des concerts, enregistrer l’album… Acheter un appartement aussi et peut-être partir sur une île déserte pour une durée indéterminée…(Rires)
Sinon nous sommes entrain de penser le prochain projet. Nous le préparerons en parallèle de tout le reste. Mais nous n’en dirons pas plus sur cet embryon musical !
Propos recueillis par Nina Chauvet
A venir : Le Quintet jouera sur la scène de La Nouvelle Athènes, à Paris, le jeudi 13 décembre vers 22h.
Mots-clefs : Céline Poggi, Dominique Bertram, jazz, Marrakech, Quintet, Thierry Eliez, Xavier Sanchez, Yan Garac