Notes du Maroc (2)

By ninachauvet

Les derniers jours du festival “Riad en Jazz” n’ont malheureusement pas attiré les Marocains. Malgré la qualité des concerts, le manque de communication a signé l’échec de cette première édition.

Sur une totalité de neuf concerts, le nombre de places vendues n’a pas atteint la centaine. Autant dire que l’objectif premier du festival n’est pas rempli. Les Marocains ne sont pas venus à la rencontre du jazz. Par désintérêt ? Peut-être. Mais la communication inadaptée autour de l’évènement est, à n’en pas douter, la cause principale. Les affiches ne sont arrivées que la veille du premier concert. Les organisateurs se justifient en pointant du doigt un mauvais interlocuteur au Maroc. Un peu mince pour les quelque vingt artistes qui se sont déplacés. Dommage pour la population de Marrakech.

Toutefois, le jazz était bien là. Abigoba, un groupe lyonnais, a livré ses compositions inspirées, le 3 novembre, au sein du riad Sahara Nour. Un mélange suave des musiques du monde et du jazz. Les musiciens du sextet ont fait danser les ruelles avoisinnantes. Et sous les branches des orangers, le saxophoniste Romain Dugelay, a fait vibrer les spectateurs dans des solos époustouflants.

Malgré l’absence de public, le leader et compositeur, Jean-Luc Briançon, reste très indulgent : “vendredi, nous avons eu la répète la plus luxueuse de l’histoire de la musique. Il n’y avait personne. Mais on profite toujours de tout instant pour jouer. Rappelons-nous que Supertramp a joué devant quatorze personnes lors de son premier concert !”. Un vrai musicien…

L’autre groupe lyonnais, Zebra, a enfin pu jouer devant quelques personnes. Une musique des sens, en osmose avec le chant joyeux des oiseaux de Marrakech, et l’odeur épicée des rues de la Médina. Trompette, saxophone, bassiste et batteur ont prouvé qu’il avaient leur place dans ce festival. Leur jeu fusionnait les saveurs du monde. Interculturel en somme.

Les nuits fraîches ont été très largement réchauffées par les prestations du Celine Poggi & Thierry Eliez quintet, et par la fabuleuse Rhoda Scott accompagnée par son batteur.

La voix ensorcelante, quasi lunaire, de Céline Poggi a coupé le souffle du public de Dar Soukkar. Une interprétation émouvante de “Luiza” de Juan Carlos Jobim. Les reprises absolument délirante de “Bohemian in rhapsody” de Queen, et sensuelle du tube de la comédie musicale Grease, “You’re the one that I want“. Les arrangements du Quintet, pensés par le pianiste Thierry Eliez, ont su étonner les spectateurs.

L’organiste Rhoda Scott a fermé le bal, dans un petit tonnerre d’applaudissements. Sa réputation est décidément confirmée. Celle qu’on surnomme, depuis près de cinquante ans, “l’organiste aux pieds nus” (The Barefoot Lady), donne une énergie religieuse sur scène. Son visage n’a pas pris les marques du temps. Au contraire, il s’éclaircit pour devenir celui d’une gamine heureuse d’apporter aux autres. Derrière son orgue, elle revisite des standards et donne l’impression qu’un orchestre de vingt instruments différents l’accompagne. Et quand elle s’adresse au public, c’est pour lui dire : “je ne bouge pas mes pieds pour rien. Avec un orgue, les pieds savent chanter !”. Une femme époustouflante.

Elle partagera ses dernières minutes de concert avec Thierry Eliez, son ami. Un “duel” piano/orgue tout à fait magique et inoubliable.

Le premier festival de Marrakech devait être prometteur. L’affiche était ambitieuse. Les artistes ont mis leur âme sur scène. Décidément, le mot de conclusion qui s’impose est : Dommage !

Espérons que la deuxième édition (si elle a lieu) saura attirer les Marrakchis dans les sphères infinies du jazz.

Nina Chauvet

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6 réponses vers «Notes du Maroc (2)»

  1. Anne dit :

    les “critiques” ont toujours le beau rôle. Les pionniers sont sacrifiés ici sur l’autel de la critique et du jugement péremptoire. Au lieu de compter le nombre de spectateurs, réjouissez vous mademoiselle d’avoir pu rencontrer ces artistes dans ces lieux magiques, et remerciez donc, au lieu de les assassiner, les organisateurs qui n’ont pas eu peur d’y croire, qui se sont investis – à tout point de vue – pour oser, et faire se réaliser cette première édition, et qui, n’en doutez pas une seconde, oseront y retourner l’année prochaine pour que la 2e édition existe. Ils n’ont pas d’état d’âme. Car c’est cette qualité là qui a permis par le passé, et permettra encore, de voir des festivals naitre et croitre. Donc je vous remercie de les soutenir, d’y croire avec eux, et de pratiquer votre futur métier avec un regard moins assassin et de prendre toute la mesure que vos propos peuvent engendrer !!!!
    Peut etre vous croiserai-je l’année prochaine à Marrakech et me tiendrai à votre disposition pour philosopher avec vous sur ces exploirateurs qui osent, avancent et nous font rêver (mm par petite centaine…)

  2. ninachauvet dit :

    Merci pour cette réaction. Vous êtes la première à me laisser un commentaire!
    Je suis tout à fait d’accord avec vous…Il fallait de l’audace et du courage pour lancer un festival de jazz à Marrakech. Je ne critique pas cela. Mais, en tant que journaliste, j’estime que la communication autour d’un évènement est une priorité, et je trouve dommage que les affiches soient arrivées aussi tardivement sur Marrakech. J’attends donc la deuxième édition: pour les artistes, excellents bien entendu, mais surtout pour la réaction des Marocains.

  3. jean-luc Briançon dit :

    Et bien moi, je pense que c’etait chouette le Maroc! On ne garde que les bons souvenirs, et surtout cela fait des anecdotes à raconter, des galères à évoquer…même si effectivement la communication est entièrement à revoir(et plein d’autres choses…) c’etait courageux,sans aucun doute… le dernier jour des concerts était le meilleur, avec plus de monde pour tous les artistes…il est vrai que l’espoir s’était envolé de faire salle comble! Mais le public présent applaudissait ;et au sein des riads, l’eau des piscines vibre encore du claquement des mains et des effluves de sax et autres piano-guitares-batteries….().En tout cas, chère ninachauvet, vous donnez suite à l’histoire encore une semaine après, avec ses hauts et ses bas, et on en re-demande….on espère donc tous notre seconde édition !
    NB: je pourrais jouer sur la grande scène la prochaine fois?
    réponse : INCHALA!
    RDV à Paris pour le New-Morning

  4. Jbilou med dit :

    un article magnifique

    bravo

    —————————–
    jbilou med
    http://www.wowzik.com

  5. Anne dit :

    A l’année prochaine donc…. et les erreurs de cette première édition serviront à proposer une 2e édition encore plus riche, encore plus émouvante. Soyons là aussi pour promouvoir ce festival et donner envie au plus grand nombre d’y participer.
    En tout cas je serai là du 3 au 5 novembre 2008
    Et bonne fin d’année d’ici là
    Anne

  6. Dodo dit :

    Ouaou !
    Comme tu as raison !!!
    Merci
    Un très gros bisou
    Dodo

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