Notes du Maroc (1)

By ninachauvet

Le trio d’Aldo Romano sur la scène de Dar SoukkarLa première journée du festival « Riad en jazz » n’a pas eu le succès escompté. Mais les artistes n’auront jamais autant prouvé que musique rime avec partage.

15h30, riad El Fenn. Un lieu magique, étendu sur 1800 m2, perdu dans les rues discrètes et étroites de la médina. Un havre de paix qui devait accueillir l’un des deux premiers concerts du festival.

Zebra, quartet lyonnais, est en place. Les instruments prêts à fanfaronner. Les chaises disposées. Les lumières feutrées attendent de pouvoir briller sur les musiciens. Mais rien n’aura lieu. Le public n’est pas au rendez-vous. Le quartet troque le costard pour le tee-shirt. Jouer pour soi n’a plus d’intérêt. La déception n’a pas de mots.
Et c’est malheureusement le même constat pour Abigoba, l’autre groupe lyonnais. Installés au Riad Dar Zellij, seuls trois amis sont venus écouter les jazzmen. Un concert en trop d’intimité…

19h30, à Dar Soukkar. L’ancienne sucrerie a été transformée en un palace digne des contes de mille et une nuits. La scène se dresse devant les remparts rouges. Quelques sièges, trop peu, sont occupés. Mais le trio d’Aldo Romano ne se renfrogne pas. Ça joue.
Derrière sa batterie, Romano donne le rythme. Pas trop fort, juste assez. Rare est le batteur avec le sens de la « mesure » ! Des compos aux reprises, le trio apporte une chaleur douce à la nuit fraîche. Et puis sur un air de « je t’aime moi non plus », le pianiste, Baptiste Trotignon, donne une tonalité classique au concert. Fluidité, justesse, swing…A la basse, Rémi Vignolo, au centre de la scène, est plongé dans son jeu de cordes. Un entrain vibrant. Une réussite.

23h, riad Sahara Nour. Rencontre de la musique traditionnelle du Maroc et du jazz. Une véritable étreinte musicale. Sourire aux lèvres, les musiciens sont dans leur élément. L’échange a lieu. La musique n’a pas de frontières. Au centre du riad, les sons résonnent et montent sur la médina. Le propriétaire du lieu, François, est joyeux : « Les artistes marocains ne peuvent pas parcourir le monde aussi facilement que les artistes européens. Ils ont besoin d’un visa pour ça ! Alors quand ce sont des musiciens de France et d’ailleurs qui viennent, les Marocains peuvent enfin montrer de quoi ils sont capables ». Une démarche étincelante : faire découvrir le jazz au Maroc et le Maroc au jazz. Le festival prend enfin tout son sens ! Luthiste, flûtiste et percussionnistes mêlent leurs airs envoûtants aux notes folles du jazz. Et tout à coup, la musique fait sens…

Nina Chauvet

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